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Je Prédis

Le choix de l’inconscient

Toujours selon P.-C. Jagot, c’est dans cette partie cachée de nous-mêmes, que l’on appelle l’inconscient, que l’on doit chercher l’explication au fait que le consultant, parmi toutes les cartes qui lui sont présentées, choisit celles qui ont un rapport quelconque avec ce qui l’intéresse.

Nous avons signalé, en effet, qu’avant de commencer le jeu, il était absolument nécessaire de préparer les cartes, c’est-à-dire de les ranger par ordre toutes à l’endroit, de laisser ensuite le consultant libre d’en retourner certaines : c’est au consultant et à lui seul qu’il revient de déranger l’ordonnance initiale des cartes et ce faisant de modifier leurs significations : en d’autres termes, c’est au consultant qu’est laissée l’initiative du jeu.

Il nous faut donc admettre l’existence d’un courant mystérieux, d’une sorte de fluide, créé par des vibrations personnelles, qui conduit la main à faire un choix parmi les cartes, en la dirigeant vers certaines plutôt que vers d’autres. Ainsi s’établit, entre le consultant et l’interprète, un courant magnétique qui est transmis par l’intermédiaire des cartes d’un individu à l’autre. Il est par conséquent de toute importance, dans la logique même du jeu, que cette opération préliminaire concernant la disposition des cartes soit confiée à l’intéressé lui-même, puisque c’est précisément à travers son choix que celui-ci va imprimer au jeu sa volonté, ses désirs, ses pulsions. Le cartomancien reprend ensuite le jeu, et, selon la tradition, le mêle à son tour sept fois, en l’honneur des sept planètes.

Cela fait, il repose le jeu ; le consultant doit alors y poser sa main gauche, afin d’établir la chaîne magique, geste symbolique qui représente la transmission du fluide. C’est de cette même main gauche que le consultant coupe le jeu, en plaçant sur sa droite le tas le plus gros. La dernière carte de chacun des deux tas indique l’orientation générale ou, plus précisément, le thème de la consultation ; généralement, cette première indication n’a de valeur que pour le cartomancien qui s’abstient de la révéler et peut également en élargir la signification, en consultant la première carte de chaque tas.

C’est à cet instant que s’établit véritablement le courant psychique entre le cartomancien et son client, qui ressent plus intensément le recueillement et la concentration du praticien.

Nous pouvons énumérer dès à présent certaines règles fondamentales qui doivent dans tous les cas être observées : on doit toujours couper le jeu de la main gauche ; on distribue les cartes de droite à gauche, c’est-à-dire dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, et on effectue la lecture dans le même sens, excepté lorsqu’il s’agit de jeux répartis par groupes ou comportant une disposition spéciale. Tant que le jeu n’est pas terminé, aucun tas ne doit être enlevé de la table ni mélangé avec les cartes refusées, cela afin de laisser bien en évidence toutes les cartes sorties, de façon à avoir toujours sous les yeux l’intégralité de son matériel de travail. Dans le jeu réparti par petits tas, il est absolument nécessaire de conserver l’ordre dans lequel les cartes sont sorties et de toujours considérer comme première sortie la carte du dessous ; dans ce cas, la lecture peut être effectuée également de gauche à droite.

Tandis que les cartes numérotées représentent les événements et leur succession, la plupart des figures représentent les personnages. A ce propos, il est très important d’établir la carte-sujet : en effet, cette carte est celle qui règle tout le jeu, en ce sens que la prédiction est en fonction du consultant. Plusieurs méthodes sont utilisées à cet effet : certains commencent par la retirer du paquet pour ne jouer qu’avec les autres cartes ; d’autres préfèrent la laisser apparaître d’elle-même. Toutefois, cette dernière méthode est préférable car elle a l’avantage de donner une indication concernant le moment où la personne physique du consultant fait réellement son apparition dans le jeu en tant qu’acteur principal. Si le consultant est un homme d’âge mûr, marié, on choisira pour le représenter le roi de carreau ; s’il est jeune, ce sera le valet de carreau. Pour une femme mariée, on choisira la dame de carreau ; pour une jeune fille, la dame de coeur. En ce qui concerne les autres figures du jeu, le critère de représentation est analogue à celui qui est utilisé pour la désignation de la carte-sujet ; certains ont coutume d’identifier, à côté de la carte-sujet, d’autres cartes qui peuvent avoir une importance primordiale dans le cadre particulier de la consultation. Nous devons nous arrêter ici sur un point que nous avons déjà évoqué plus haut lorsque nous avons parlé de la méthode de Mademoiselle Lenormand, et qui revêt ici toute son importance : il s’agit des questions auxquelles le consultant est appelé à répondre. Sans aucun doute, ce dernier préférerait obtenir du cartomancien des prédictions certaines, sans avoir à se prêter à aucun préambule, mais il est bien évident que cela ne serait pas possible si le cartomancien ne possédait au départ un minimum d’informations : par exemple, savoir si le consultant est marié ou non, quelle est sa situation économique et sociale, quel est en particulier l’objet de sa visite.

Toutefois, ces questions devront être formulées avec tact et discrétion et devront se réduire au minimum. Il est un autre point auquel on a coutume d’accorder de l’importance : c’est celui des jours recommandés pour la consultation. Les jours dont le nom comporte la lettre « r » seraient pour certains les plus propices, pour d’autres au contraire les plus défavorables. Selon une croyance populaire assez répandue, les jours conseillés pour consulter seraient le lundi et le vendredi. En fait, mis à part le dimanche qui doit être rigoureusement exclu, il ne semble pas que l’on doive recommander un jour plutôt qu’un autre. Un auteur de la fin du dix-septième siècle va jusqu’à affirmer que non seulement le choix des jours est important mais aussi celui des heures. En général, il convient d’éviter de consulter les cartes lorsque le ciel est couvert ou que le temps est à la pluie, au vent ou à l’orage car l’esprit est souvent influencé par le temps. Enfin, nous devons signaler que la consultation ne peut se dérouler en présence de personnes étrangères et cela pour plusieurs raisons à la fois d’ordre affectif et d’ordre technique : d’ordre affectif, en ce sens que le consultant risquerait de se sentir extrêmement gêné, par le fait de son rapport personnel au contenu même de la prédiction, mais aussi à cause de l’implication possible du tiers présent dans la prédiction ; d’ordre technique, car la présence de plusieurs personnes serait un facteur de distraction et de trouble pour le cartomancien qui, même s’il est doué d’un magnétisme exceptionnel, ne pourrait abstraire son esprit de cet entourage, et par conséquent, ne réussirait pas à se concentrer convenablement sur le seul sujet de la consultation.

En effet, le fluide ne doit passer qu’entre le praticien et le sujet ; or la présence d’un troisième fluide, même s’il est neutre et passif, exercerait une action perturbatrice qui ne pourrait que déranger à la fois le cartomancien et son client. Il n’est pas nécessaire, pour tirer les cartes, de disposer d’un jeu spécial ni même de tarots ; car si le tarot représente l’art divinatoire par excellence, les autres jeux ne font pas moins partie des sciences occultes, et l’on peut fort bien utiliser un jeu ordinaire de 32 cartes ou de 52 cartes, présentant l’avantage pour le débutant d’être plus maniable. Mais quel que soit le jeu utilisé, il est très important de bien avoir assimilé la signification de chacune des couleurs, car c’est précisément sur la base de celles-ci, en fonction de leur répartition dans le cadre du jeu, que l’on peut obtenir une première appréciation de l’ensemble du tableau horoscopique. La signification générale des couleurs est donc celle-ci : les coeurs indiquent la réussite sur le plan sentimental ; les carreaux signifient la réussite sur le plan matériel ; les trèfles représentent la chance et la fortune ; les piques annoncent les ennuis et les désillusions.

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